Nous savons qu’il existe une maison du dictionnaire et un dictionnaire de la maison. La maison nato a donc eu envie de rassembler ses mots : autant de codes, de clés, de signes et d'intentions qui relient et rallient. Réverbères du chemin des écoliers, ceux du diconato éclairent un peu davantage la syntaxe fantaisie de ce langage incontrôlé.


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Beretta (Anne Marie) : styliste 1937

Née à Béziers, Anne Marie Beretta suit, dans sa ville, des cours au sein d'une école de couture et consacre le reste de son temps au dessin et à la peinture. Un modéliste de la maison Jacques Griffe l’encourage alors qu’elle a 20 ans à tenter sa chance à Paris où elle est immédiatement embauchée chez Jacques Esterel, puis Castillo comme dessinatrice de modèles. En 1965, elle est avec Oleg Cassini, puis Pierre d’Alby, pour qui elle crée de nouvelles collections (c’est là qu’elle se passionne pour le lin). Elle rejoint Georges Kay, pour qui elle invente les robes Kimono et Mac Douglas où elle met en place une splendide collection de cuirs et peaux lainées (la collaboration avec ce dernier sera longue, il fabriquera sa ligne de cuirs). En 1968, alors que le temps change, elle dessine les imperméables très remarqués de Ramosport (qui façonnera ses étonnants vêtement de pluie dans les années 80) et en 1969 lance les " enfants terribles " pour Bercher. Le moment est plus que venu pour cette créatrice hors pair de lancer sa propre signature. En 1974, elle ouvre sa boutique. Sa démarche est celle d’une architecte qui désire un vêtement habitable qui vive très longtemps avec celle qui le porte. Elle dit habiller autant les esprits que les corps. Personne d’une grande sérénité, elle ne cherche pas ce qui frappe au premier abord, mais ce qui se comprend. Peu intéressée par le stade de la surprise (où s’arrête une grande partie de la création vestimentaire), elle aime dépasser la " tendre joliesse " pour rejoindre la substance réelle des êtres. Anne Marie Beretta aime à citer Juliette Gréco " J’aimerais que l’on m’aime autrement que pour mes fesses " et souhaite que le vêtement aide à mûrir. Ses créations sont basées sur des expériences personnelles dont elle élimine toute nostalgie pour les projeter sur les autres. Ses drapés autour de la taille, son travail sur le lin, ses robes en flanelles, son utilisation des pressions, ses jupes tourmentées, ses cirés (on la surnomme la reine de la pluie), son sens de l’asymétrie en parfaite balance, ses ceintures abdominales, ses jupes couettes, son sens du trompe-l’œil, son élimination des détails superflus et surtout son étonnante appréhension du réel et du monde qui l’entoure sont autant de signatures d’une créatrice, minimaliste avant la lettre, dont le travail sans concession aura influencé nombre de jeunes créateurs (on citera Jean-Paul Gaultier). Anne Marie Beretta est passionnée de sculpture et de musique. Elle est l’objet d’un disque de Steve Beresford puis d’un spectacle avec celui-ci pour Banlieues Bleues. Pour ses défilés de présentation, elle invite parfois des musiciens comme Sulieman Hakim, Michel Doneda ou Ninh Le Quân. Elle dit : " la fonction essentielle d’une musique est de traverser le corps et l’esprit ", phrase qui rejoint sa stimulante relation à la matière. Elle est aussi une peintre talentueuse. Anne Marie Beretta est une créatrice essentielle qui habille essentiellement.





Steve Beresford - Dancing the Line Anne Marie Beretta
Violeta Ferrer - Poemas de Federico Garcia Lorca
Collectif - Le Chronatoscaphe