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Nous savons qu’il
existe une maison du dictionnaire et un dictionnaire de
la maison. La maison nato a donc eu envie de
rassembler ses mots : autant de codes, de clés,
de signes et d'intentions qui relient et rallient. Réverbères
du chemin des écoliers, ceux du diconato éclairent
un peu davantage la syntaxe fantaisie de ce langage incontrôlé.
Choisissez un mot ci-dessous :
Bateau : n. m.
Lorsque les humains, titillés par l’aisance des canards et autres heureux palmipèdes, ont voulu voyager sur l’eau, ils ont inventé le bateau. Le mot provient non du latin, mais de l’Anglo-normand (baito + ĕllus = "fendre l’eau", devenu batel puis bateau), parler de Guillaume le Conquérant (natif de Falaise). Cette langue d’oïl ne s’imposa pas à l’inverse de la navigation maritime, lacustre ou fluviale. Mais les barques n’attendirent point d’être nommées pour exister. Si la preuve attestée remonte à quelques 8 000 ans avant J.-C., il semble bien que l’homme ait pris l’eau par sa surface depuis quelques 130 000 ans et que certaines îles s’en trouvèrent ainsi peuplées (Mélanaisie ou, il y a 40 000 ans, la Nouvelle-Guinée et l’Australie alors reliées comme terre de Sahul). Les Égyptiens, les Phéniciens, les Vikings s’avérèrent maîtres de la navigation à voile. Les Grecs inventèrent les trières (galères à voiles et à rame) dont l’idée fut reprise (comme ça comme pour le reste) par les Romains qui trouvèrent là une nouvelle occasion d’exploiter leurs esclaves. Grâce au bateau, vivre sur l’eau devint un art d’existence souvent contradictoire. Il stimulait une soif absolue de conquêtes qui ravagea plus d’un continent, confirmant l’avertissement de Lao Tseu : « Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage ». Parmi les voyageurs et voyageuses de la mer, signalons ces pirates, qui créèrent (et peu importe que ce fût par défaut ou non) un monde nouveau : Anne Bonny, Charlotte de Berry, Maria Lindsey, Mary Read, Samuel Bellamy, Calico Jack, Barbe Noire, Olaudah Equiano, John Julian, Edward England. L’expérience fut de relative courte durée mais permit de comprendre d’autres types d’abolition de l’esclavage, des frontières et des rapports de classe. Le meilleur contact du bateau est celui de l’eau, le pire est son oubli. Aujourd’hui, la navigation sert toujours avec plus de frénésie à la pêche, au transport de marchandises, à la guerre et aux compétitions inutiles. On rappelle souvent qu’il est bon de prendre le large à condition que ce soit sans endossement publicitaire. Les bateaux ont parfois des noms de banques et l’on aimerait sournoisement les voir couler. Pour la très haute bourgeoisie, ils signifient la marque suprême de la richesse. L’ex-président de la République française, Nicolas Sarkozy, prit la mer à bord du yacht d’un ami milliardaire quelques jours après avoir été élu par la majorité des suffrages exprimés (qu’on ne saurait confondre avec le peuple), histoire de montrer qu’il emmenait tous les naïfs en bateau. Les naufrages peuvent effectivement paraître juste retour tel celui, en 2012, du « Yogi », yacht faramineux de l’homme d’affaire Stéphane Courbit (ami du précédent) qui ignorait certainement l’expression « être dans le même bateau ». On dit parfois d’une étoffe, d’un tableau ou d’un morceau de musique qu’ils sont « bateau » pour signifier leur banalité. L’expression viendrait de l’ennui provoqué par une longue traversée. Expression que l’on aimera contredire par cette autre : « Branle-bas de combat ». Mais au fond, ce qui restera de ce grand désir de navigation, ce ne sera ni Le Trésor de Rackham le Rouge, ni l’Invincible Armada et pas davantage le Titanic ou le Concordia (qui servit de décor au film de Jean-Luc Godard Film Socialisme), mais bien ce désir secret d’aller vivre sur une île, en d’autres termes : « La quille bordel ! ».

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